Rapport de Stage
Alice Duphot — Fenrir Productions
Janvier à Juin 2026
I. L'entreprise et mes missions
Présentation : Durant six mois, j'ai intégré Fenrir productions, un collectif audiovisuel indépendant basé entre Liège et Paris, habituellement tourné vers la fiction. C'est leur démarche artisanale et leur volonté d'explorer des thématiques fortes à travers le prisme du réel qui m'a amenée à les rejoindre pour la production d'un documentaire d'auteur. Loin de l'urgence du "hard news" quotidien, Fenrir défend une ligne éditoriale axée sur le temps long, la nuance et l'indépendance, offrant un cadre idéal pour le journalisme d'investigation au format long.
Mes missions de JRI : Mon stage s'est articulé autour de la co-création du long métrage documentaire de 80 minutes, "Ce qui vaut la peine", réalisé par Alexandre Mottart. Suite à des imprévus budgétaires ayant décalé le planning initial, mes missions ont évolué pour couvrir un spectre complet et inédit de la production audiovisuelle :
- Pré-production éditoriale : Recherche, enquêtes "Desk", proposition d'angles et préparation des conducteurs d'interviews pour des intervenants de premier plan (Cyril Dion, Pablo Servigne...).
- Expertise technique et "Workflow" : Transformation de la période d'attente en laboratoire d'hyper-spécialisation. Optimisation de l'ergonomie des caméras (Rigging sur Sony FX6/FS7), maîtrise de l'exposition scientifique (Dual Native ISO, S-Log3) et mise en place d'un protocole de post-production fluide (Proxies, gestion des métadonnées).
- Journalisme de terrain (Immersion) : Réalisation d'un reportage immersif de 10 jours au Tchestlé de Sainte-Ode (centre pour personnes porteuses d'un handicap mental). En parallèle, couverture d'actions militantes dans l'urgence, notamment un tournage nocturne à Bruxelles lors d'une action de projection de Canopée Forêts Vivantes et le suivi de la tournée de sensibilisation sur le méthane des Amis de la Terre.
- Montage et post-production : Dérushage éditorial du documentaire, structuration narrative, et montage en autonomie de formats courts destinés à la communication web des associations environnementales suivies.
II. Positionnement & chiffres clés
Aperçu visuel du positionnement et des actualités marquantes du média au sein duquel j'ai évolué.
FENRIR PRODUCTIONS
La Meute
L'Évolution
Alexandre Mottart finance sa 1ère caméra en tant que cobaye pharmaceutique.
Création de l'association Fenrir Productions suite au passage à l'Atelier 7.
Sortie de Fireflies, court-métrage cyberpunk en plan-séquence.
Création de l'ASBL à Awans propulsée par Y. Colen, L. Cornette et F. Puraye.
Ce qui vaut la peine, premier documentaire de Fenrir.
Développement de SOLIPSE, fresque SF/Fantasy.
CE QUI VAUT LA PEINE
Notre Ligne Éditoriale : La "Quête Intime"
Loin du catastrophisme, l'objectif n'est pas d'aligner les chiffres de l'effondrement, mais de filmer la transformation de la peur en énergie. Une caméra subjective, organique et à hauteur d'homme pour comprendre ce qui mérite qu'on y consacre sa vie.
Les Chiffres Clés du Projet
Les Voix du Film
Une équipe légère conçue pour l'immersion
Alice Duphot
Journaliste d'Investigation. Prépare les enquêtes et capture les moments essentiels sur le terrain.
Alexandre Mottart
Réalisateur & Chef Opérateur.
Olivier Escalon
Chef Monteur & Architecte Narratif.
Filmographie Clé
III. Mes missions en vidéo
Un retour en images et incarné sur mon quotidien de journaliste stagiaire.
IV. L'impact du numérique (Podcast)
Entretien avec Alexandre Mottart, réalisateur du documentaire Ce qui vaut la peine, sur la transformation et les enjeux digitaux au sein du collectif Fenrir Productions.
V. l'événement marquant
Fin avril, Bruxelles. L'association Canopée Forêts Vivantes mène une opération coup de poing pour dénoncer le report du Règlement européen sur la Déforestation (RDUE). Du briefing confidentiel jusqu'à l'intervention de la police, j'ai accompagné ces militants caméra à l'épaule. Pour l'étudiante en journalisme que je suis, cette nuit a été une véritable épreuve du feu : un exercice sur le terrain aussi exigeant que formateur, qui m'a poussée dans mes retranchements techniques et éditoriaux.
Le calme avant la tempête : dans les coulisses du QG
L'effervescence commence bien avant la tombée de la nuit. Au cœur du Quartier Général de fortune de l'association, l'ambiance est un mélange singulier de concentration studieuse et de tension électrique. Au milieu des piles de tracts et des tasses de café, les bénévoles venus spécialement pour l'occasion écoutent religieusement. Face à eux, Céline Lesot et Klervi Le Guenic, chargées de campagne chez Canopée, cadrent l'opération. Les consignes détaillent la logistique de l'action nocturne imminente et préparent déjà la stratégie d'occupation de l'espace pour le lendemain matin.
J'avais déjà eu l’opportunité d'assister au combat de cette ONG lors de ma grande enquête de décembre, en suivant leur tournée de sensibilisation en bus depuis les forêts de Gironde jusqu'à Bruxelles. Cette fois, le rythme n'est plus celui d'un long périple militant mais plutôt celui de l'urgence absolue.
Dans le véhicule qui nous emmène vers la Place Robert Schuman, cœur névralgique des institutions européennes, le silence est lourd. L'adrénaline se lit sur les visages éclairés par intermittence par les lampadaires bruxellois. Confinée sur la banquette arrière, je vérifie une dernière fois le verrouillage de mes batteries et mes réglages. Sur ce type de terrain d'action, je sais que je n'aurai pas le droit à une seconde prise.
Le « Run-and-Gun » : relever le défi du terrain
Deux heures du matin. À l'instant précis où le puissant faisceau du projecteur déchire l'obscurité pour frapper la façade de la Commission européenne, révélant en lettres lumineuses la phrase «1.2 MILLION PEOPLE WANT A FOREST LAW», mon doigt enclenche le bouton Rec.
L'exercice exige une rigueur absolue et constitue un formidable défi professionnel. Tourner en mode « Run-and-Gun » dans la nuit noire demande une vigilance de chaque instant. Loin du cadre rassurant des travaux d'école, j'endosse ici la pleine responsabilité d'une journaliste en activité. Il faut anticiper les mouvements imprévisibles des activistes, tout en domptant un contraste d'exposition drastique entre la pénombre totale de la place et la surbrillance agressive de la projection lumineuse. C'est dans ces moments que l'hyper-spécialisation technique acquise plus tôt prend tout son sens. Forte de ma préparation, je m'appuie avec assurance sur l'ISO natif haut de ma caméra pour aller chercher la lumière urbaine sans noyer mon image dans le bruit numérique.
Soudain, la chorégraphie bascule. Les gyrophares bleus de la police viennent balayer les façades et écourter l'action. Le rythme cardiaque de la place accélère et l'urgence monte d'un cran. L'appréhension de l'étudiante s'efface instantanément face au réflexe journalistique car je dois continuer à tourner coûte que coûte pour documenter l'événement et sécuriser l'information. Tout en reculant à petits pas pour éviter la chute, je maintiens mon cadre. La caméra devient le prolongement direct de mon œil.
Bilan d'un exercice formateur : de l'adrénaline à l'analyse
Quelques heures plus tard, la nuit blanche se dissipe sous la lumière d'un ordinaire matin bruxellois. Changement de décor et d'atmosphère : nous sommes déployés au pied de la Commission européenne pour la phase de tractage. Après la clandestinité de la nuit, place au face-à-face institutionnel avec les fonctionnaires européens pressés. Derrière mon viseur, je capte les traits tirés de Céline, Klervi et des bénévoles, qui distribuent des centaines de tracts inspirés du Brussels Times.
C'est finalement dans le huis clos de la salle de post-production, aux côtés mon maitre de stage, que j'ai pu mesurer l'apport pédagogique de cette immersion. Les disques durs contenaient des images à la double destinée : d'une part, un montage nerveux pensé pour créer un impact immédiat sur les réseaux sociaux, et d'autre part, une matière première brute, plus analytique, qui viendra infuser la narration au long cours de notre documentaire Ce qui vaut la peine. Cette expérience a été fondatrice. Elle m'a prouvé que l'apprentissage du métier ne se fait pas seulement en maîtrisant la technique, mais en acceptant d'être bousculée par le réel pour réussir à jeter des ponts entre les temporalités de l'information.
VI. Dans les coulisses
ici
VII. Annexes
Ressources complémentaires et productions annexes réalisées durant cette période de 6 mois.