Entre deux mondes, entre deux lignes : portrait de Shaun Sowerby

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Shaun Sowerby ©️ubbrugby.com

Entre Afrique du Sud et France, Shaun Sowerby, ancien rugbyman à XV devenu entraîneur, revient sur son parcours, ses sacrifices familiaux et l’équilibre qu’il a su instaurer entre sa passion et ses responsabilités.

À 25 ans, Shaun Sowerby quitte l’Afrique du Sud pour la France, poussé par l’envie de réussir. « Le choix était facile », dit-il avec détermination et son accent britannique. Mais derrière cette simplicité, c’est tout un monde qu’il laisse. « L’Afrique du Sud, c’était très conservateur, fermé. » Né sous l’apartheid, il grandit dans un pays où l’ordre social paraît figé. En France, c’est un choc culturel. Apprendre la langue en autodidacte, s’adapter à un nouvel environnement : chaque étape est un défi.

Fier de ses racines sud-africaines, il l’affirme, « Je suis Sud-Africain et ça ne changera pas. » Mais, ici, loin de son pays, il se construit autrement, trouvant peu à peu un équilibre.

En touche, mais jamais en retrait

S’il y a bien une chose que Shaun Sowerby a apprise au fil des années, c’est que la réussite professionnelle a un coût personnel. Quitter son pays jeune ne s’est pas fait sans sacrifices. « Il faut être prêt à tout lâcher », confie-t-il. « Je vois ma famille une fois par an. » L’éloignement imposé par le rugby a touché bien plus que lui. Alliance au doigt, il est marié et père de deux filles. Sowerby a dû apprendre à jongler entre sa vie de famille et sa carrière. « C’est difficile quand on a des enfants, il faut faire des concessions. »

Aujourd’hui, il rentre de Bordeaux deux fois par semaine pour retrouver les siens à Biarritz. « Ma famille passe en premier, c’est ce qui me permet de rester ancré. » Son attachement à la France, où sont nés ses enfants, s’est renforcé au fil des années. Il a obtenu la nationalité française il y a 10 ans, symbole de sa vie entre deux mondes.

Arrêter le rugby professionnel à 35 ans fut comme une petite mort pour lui. Après plus de 10 ans de carrière de haut niveau, la transition vers la retraite sportive n’a pas été simple. « On pense gérer, mais en réalité, pas vraiment », admet-il, revenant sur cette période où il a dû réévaluer ses priorités. C’est à ce moment-là que Sowerby se tourne vers le coaching. « J’ai longtemps résisté à cette idée, je ne voulais pas être jugé comme quelqu’un qui ne sait faire que ça. » Avec les années, l’entraînement est finalement devenu une évidence. 

Le rugby, qui l’avait formé en tant que joueur, l’a désormais fait devenir un guide pour la nouvelle génération. Mais Sowerby reste lucide : « Il faut accepter les choses, se reconstruire et oublier son ancienne identité pour en créer une nouvelle. »

De mêlés en métamorphoses 

Aujourd’hui, à 46 ans, Shaun Sowerby se tient là où il s’est toujours senti à sa place : sur un terrain, mais cette fois en tant que coach. Pour lui, la compétition ne doit jamais éclipser le respect. « On touche à la violence, mais le respect est toujours là. Ce sont ces valeurs que je transmets à mes joueurs, comme à mes enfants. »

Pour Shaun, ce qui distingue un bon coach d’un mauvais, c’est la manière de gérer les défaites. « Le mauvais coach dit : ‘Ce n’est pas ma faute’, et se fuit ses responsabilités. Le bon, lui, prend sur lui et cherche à comprendre. »

Il est convaincu que les échecs sont essentiels pour progresser. « On peut se tromper, mais il faut savoir tirer des leçons de chaque défaite. » 

Sowerby insiste sur l’importance de l’équilibre émotionnel. « Tout le monde ne sait pas gérer la pression. » Lui-même a dû apprendre à maîtriser ses frustrations après la fin de sa carrière. Il transmet désormais cette gestion à ses joueurs, conscient que leur santé mentale compte autant que leur performance physique. 

En fin de compte, Shaun Sowerby semble avoir trouvé sa place dans cet entre-deux mondes. 

Sa métamorphose, entre Afrique du Sud et France, entre l’ancien joueur et coach, est celui d’un homme qui a appris à concilier ambition et humilité, échecs et réussites. Peut-être est-ce là son véritable héritage : le respect du collectif, l’acceptation de ses erreurs et la conviction que, même au cœur de la mêlée, on peut toujours se relever.

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