Lacanau face au dérèglement climatique

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Confrontée à l’érosion et aux tempêtes qui frappent son littoral, la ville de Lacanau doit s’adapter pour protéger son front de mer. Entre urgence, adaptation et réflexion à long terme, la municipalité cherche des solutions pour préserver son avenir et celui de ses habitants.

Le front de mer de Lacanau et sa digue de protection contre les assauts de l’océan © Radio France – Stéphane Hiscock (photo trouvé via France Bleu.fr)

Depuis les tempêtes dévastatrices de 2014, Lacanau, perle côtière de la Gironde, se bat contre un ennemi redoutable : l’érosion. Le paysage maritime de la commune a été gravement affecté par d’importants dommages, entraînant un recul de 10 mètres. Initialement prévu pour 2040, le trait de côte a déjà connu des pertes significatives. 

Le maire Adrien Debever, se remémore cette période cruciale : « Lors de mon arrivée, il a fallu réagir vite. » Avec 3,3 millions d’euros, la ville a consolidé son front de mer en plaçant des pierres sur un géotextile conçu pour absorber la force des vagues. 

L’objectif est clair : protéger le littoral tout en gagnant du temps. « On connaît la trajectoire de l’érosion, mais pas son rythme », souligne Debever, rappelant que cette opération a permis de stabiliser la situation tout en réfléchissant à des scénarios d’avenir.

Un modèle touristique en pleine transformation

Entre 2016 et 2022, un plan de gestion de la bande côtière, doté d’un budget de 2,5 millions d’euros, a permis de mieux protéger la ville et d’anticiper les évolutions à venir. « Le bilan est encourageant », estime Debever. Grâce à ces efforts, le front de mer est moins vulnérable, mais l’incertitude plane toujours sur l’avenir à long terme. Les projections pour 2100 sont préoccupantes, et la perspective d’un retrait total des infrastructures en bord de mer semble irréaliste tant les coûts seraient prohibitifs.

Chaque hiver, les tempêtes demeurent une source d’angoisse pour la commune. « Quand une tempête arrive, on ne sait jamais quels dégâts elle causera », confie Debever. Le protocole est rodé : les accès aux plages sont fermés, le mobilier urbain est sécurisé, et des équipes d’intervention sont prêtes à réagir après chaque tempête. Les arbres, fragilisés par les sols gorgés d’eau, posent également un risque, obligeant la ville à fermer parfois l’accès aux forêts.

Lacanau réinvente son modèle touristique. « Aujourd’hui, notre offre ne se limite plus aux activités maritimes », souligne le maire. Avec ses vastes forêts, ses lacs et ses nombreuses pistes cyclables, la commune offre un grand panel d’alternatives. Même si la plage centrale devait disparaître d’ici 2030, « Lacanau aura toujours un balcon sur l’océan », assure-t-il. Notamment grâce à la grande promenade qui surplombe le front de mer.

L’immobilier et les jeunes, une équation difficile

L’immobilier connaît une flambée spectaculaire depuis 2010. « Nous avons œuvré dur pour restaurer l’image de la ville après les tempêtes », explique Debever. Grâce à un marketing territorial innovant et à une réappropriation du front de mer, Lacanau est devenue une destination en vogue. Mais cette attractivité a un revers : le coût élevé du logement. « Nous peinons à loger les jeunes canaulais », admet le maire.

La question de la relocalisation des habitants se pose également. La municipalité, consciente des difficultés à venir, travaille à impliquer la population dans les décisions. « On prépare dès maintenant les choix qui devront être faits d’ici 2050 », affirme le maire, car le dialogue avec les habitants est essentiel pour les accompagner dans cette mutation.

Concernant la question environnementale, Adrien Debever se positionne avec pragmatisme. « Je préfère parler de bouleversements climatiques plutôt que de réchauffement », explique-t-il. Pour lui, l’écologie ne doit pas être punitive, mais intégrée dans toutes les politiques. « L’humain n’est pas le problème, il est la solution. », conclut-il.

Lacanau montre qu’il est possible de préserver son littoral tout en réinventant son identité économique. En réinventant ses pratiques touristiques, la commune s’affirme comme un phare d’espoir pour d’autres territoires côtiers, ouvrant la voie vers un avenir plus responsable.

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