Les routes mondiales du commerce des armes : qui vend à qui ?

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Des Rafale aux missiles Patriot, en passant par les drones turcs ou les kalachnikovs russes, les armes circulent aujourd’hui à l’échelle planétaire. Mais derrière ce marché hautement stratégique, se dessinent les grandes lignes des tensions géopolitiques. Qui sont les pays qui vendent, ceux qui achètent, et que nous disent ces flux sur l’état du monde ?

Les super-exportateurs face aux acheteurs sous tension

Le commerce mondial des armes reste largement concentré. Selon le SIPRI, entre 2020 et 2024, les cinq premiers exportateurs – États-Unis, France, Russie, Chine, Allemagne – ont représenté à eux seuls près de 72 % des ventes mondiales. Les États-Unis dominent ce marché avec 42 % des exportations, fournissant plus de 100 pays, en particulier les alliés stratégiques comme les pays de l’OTAN, Israël, la Corée du Sud ou encore l’Arabie Saoudite.

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L’indicateur TIVs est une unité de mesure propre au SIPRI, qui ne représente ni la valeur financière réelle des armes transférées, ni le volume exact, mais qui permet de comparer les flux d’armement dans le temps et entre pays.

La France s’est hissée au rang de deuxième exportateur mondial (9,6 %), portée par ses ventes de chasseurs Rafale à l’Égypte, l’Inde, le Qatar ou l’Indonésie. La Russie, en revanche, voit sa part fondre (de 11 % à 7 %) en raison de la guerre en Ukraine, des sanctions appliquées par l’ONU et de la priorisation de sa production pour ses besoins militaires internes.

Côté acheteurs, l’Ukraine est désormais le premier importateur mondial, avec une hausse de plus de 9600% de ses achats depuis 2022, en provenance des États-Unis, de l’Allemagne ou encore de la Pologne. L’Inde se positionne en deuxième au classement, suivie par l’Arabie Saoudite, le Qatar et l’Égypte. Tous se situent dans des zones de forte instabilité ou de rivalités régionales : tension sino-indienne, guerre au Yémen, compétition irano-saoudienne. Ils investissent ainsi massivement pour garantir leur supériorité stratégique.

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Des armes différentes pour des conflits différents

Chaque région du globe développe une doctrine militaire spécifique, qui se reflète dans les types d’armements importés. En Asie, les tensions sino-indiennes poussent l’Inde à renforcer son aviation de chasse et ses systèmes sol-air. Au Moyen-Orient, les États investissent dans les avions, les missiles balistiques et la surveillance radar. En Europe de l’Est, l’aide militaire à l’Ukraine privilégie l’artillerie, les blindés, les drones et la défense antiaérienne.

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En Afrique, on observe un boom des drones tactiques turcs (Bayraktar TB2) ou chinois, souvent utilisés dans des conflits asymétriques, notamment au Sahel. Ces armes, bon marché et flexibles, remplacent peu à peu les systèmes lourds.

Certaines puissances, comme la Turquie ou le Brésil, réduisent leur dépendance extérieure en développant leur propre industrie de défense. Cela se traduit par un décalage entre budget militaire et niveau d’importation.

Prenons l’exemple de la France. Une nation qui n’achète rien et produit beaucoup , au contraire de l’Arabie saoudite qui ne produit rien et qui achète à tout le monde. Le graphique ci-dessous démontre que l’augmentation des budgets militaires n’équivaut pas toujours à une hausse des importations, notamment pour les pays développant une industrie nationale.

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La France, puissance d’exportation

En 2023, la France a enregistré 27 milliards d’euros de prises de commandes dans le secteur de l’armement (ministère des Armées), un record. Près de 54 % de ses exportations concernaient des équipements aériens, 25 % le naval (frégates, sous-marins) et 21 % le terrestre. Les principaux clients sont l’Inde, l’Égypte, la Grèce, le Qatar, les Émirats arabes unis ou encore l’Indonésie.

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Mais ces ventes ne sont pas sans controverse. La France est critiquée pour ses ventes à des régimes autoritaires, notamment l’Égypte ou l’Arabie Saoudite, engagés dans des conflits comme celui du Yémen, où des armes françaises auraient été utilisées.

Ce commerce reste pourtant central dans la stratégie française. Il soutient une industrie de défense qui emploie plus de 200 000 personnes et renforce la diplomatie d’influence tricolore. Paris se veut acteur du monde multipolaire, tout en tentant de concilier intérêts économiques et principes politiques.

Loin d’être un simple marché, le commerce mondial des armes est un levier de puissance. Il structure des alliances, façonne des dépendances, et pèse sur l’équilibre des conflits. Alors que les tensions régionales se multiplient et que de nouveaux acteurs cherchent à émerger, les routes de l’armement dessinent une autre carte du monde : celle des rapports de force, plus que celle des frontières officielles. Dans ce système globalisé, les armes ne circulent jamais au hasard — elles suivent les lignes de fracture.

Alice Duphot & Virgile Gervais

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